Nous avons précédemment réalisé un article (que vous pouvez retrouver sur notre site) présentant la climatologie du mois d’août et ses principales caractéristiques. S’il est vrai que ce mois est marqué par des records de douceur concernant les températures minimales, avec parfois des nuits exceptionnellement douces, il existe également, dans une moindre mesure compte tenu de la saison, des records de températures minimales particulièrement basses.
L’infographie suivante présente quelques exemples de records observés en Bretagne. La plupart sont très anciens, certains remontant à 1986, voire à 1956. C’est notamment le cas de Rennes, où le record mensuel est de seulement 4,0°C le 30 août 1956, ou encore de Nantes avec 5,6°C le 7 août 1956. La valeur la plus remarquable est toutefois celle de Plœuc-sur-Lié, dans les Côtes-d’Armor, où seulement 1,5°C ont été relevés le 29 août 1989.

Quelle est la particularité de ces records ?
Pour une partie de ces records, la situation météorologique présentait une configuration anticyclonique favorisant un temps calme, avec un ciel dégagé et un vent très faible, conditions idéales pour un fort refroidissement nocturne. D'autres épisodes étaient associés au passage d'une masse d'air polaire maritime relativement fraîche en altitude, dont l'intensité restait naturellement atténuée par rapport à ce que l'on peut observer en hiver, mais suffisante pour favoriser des températures plus basses.
Dans le cas du record de Plœuc-sur-Lié, les réanalyses historiques ECMWF ERA5 (voir carte suivante) montrent la présence d'une faible dorsale anticyclonique s'étendant depuis les Açores jusqu'à la France, sans véritable flux organisé au-dessus de la Bretagne. Plus à l'est, un talweg dépressionnaire s'étirait jusqu'à l'Italie.

Près du sol, le vent était quasiment nul tandis que la température de la masse d'air avoisinait 8 à 10°C vers 1 500 mètres d'altitude. Ces paramètres étaient particulièrement favorables au déclenchement d'un fort rayonnement nocturne (voir infographie suivante).

En effet, après le coucher du soleil, le sol cesse de recevoir de l'énergie solaire et continue à émettre un rayonnement infrarouge vers l'espace. Sous un ciel dégagé, cette énergie s'échappe très efficacement, entraînant un refroidissement progressif du sol puis de l'air situé juste au-dessus. Lorsque le vent est faible, les basses couches de l'atmosphère sont peu brassées et l'air froid reste piégé au contact du sol. La présence d'une masse d'air relativement fraîche en altitude accentue encore ce refroidissement en limitant la température minimale pouvant être atteinte.
En Bretagne, la topographie joue également un rôle important dans l'intensité de ce phénomène, comme l'illustre la carte physique suivante issue de Geobreizh.
Bien que les altitudes restent modestes — le point culminant de la région étant le Roc'h Ruz dans les Monts d'Arrée avec 385 mètres — le relief est particulièrement vallonné entre les Monts d'Arrée, les Montagnes Noires ou encore le Mené. Ces secteurs présentent de nombreux vallons et dépressions dans lesquels l'air froid, plus dense, s'écoule naturellement au cours de la nuit avant de s'y accumuler. Ce phénomène, appelé drainage de l'air froid, favorise la formation d'inversions thermiques et explique que les températures y deviennent parfois nettement plus basses que sur les reliefs voisins.
Le même mécanisme s'observe également sur certains plateaux bretons (Léon, Trégor, Cornouaille ou plateau de Rohan), où les vallées creusées par les cours d'eau forment localement des secteurs encaissés propices à l'accumulation d'air froid. Cette diversité du relief explique ainsi les écarts parfois importants de température observés, même sur de courtes distances.

Et pour les prochains jours ?
À partir de jeudi, et plus particulièrement vendredi matin, la configuration météorologique devrait de nouveau devenir favorable à une nette baisse des températures nocturnes en Bretagne.
Les modèles prévoient en effet la mise en place d'une influence anticyclonique sur une grande partie de la France, avec un ciel généralement dégagé, un vent très faible dans les basses couches et une masse d'air relativement fraîche en altitude, où l'on retrouverait environ 8 à 10°C vers 1 500 mètres. L'ensemble de ces paramètres favorisera un rayonnement nocturne efficace ainsi qu'un refroidissement marqué des basses couches.
Dans un premier temps, mercredi matin, les températures minimales resteront encore assez douces, généralement comprises entre 14 et 19°C.
À partir de jeudi, les valeurs commenceront progressivement à diminuer avec la mise en place de cette nouvelle configuration. Les modèles envisagent localement 9°C dans l'intérieur de la Cornouaille, vers le Kreiz Breizh ou encore le Mené.
La baisse devrait surtout s'accentuer vendredi matin avec des températures souvent comprises entre 9 et 12°C sur une grande partie de la région, voire 6 à 8°C très localement entre la Cornouaille et le Kreiz Breizh ainsi que vers les pays de Fougères et de Dol. Comme lors des précédents épisodes, les secteurs les plus encaissés devraient être les plus favorables à l'accumulation d'air froid et enregistrer les valeurs les plus basses.
