Nous sommes de plus en plus souvent exposés à d’impressionnants et brusques changements de temps et à de fortes variations thermiques. Cette année 2026 confirme ces fluctuations. Quelles ont été les faits marquants de ces 6 derniers mois en Bretagne ?
Janvier : du froid puis énormément de pluie et d’agitation
L’hiver 2025-2026 au sens strict du terme n’aura existé que du 24 décembre au 7 janvier 2026 avec du froid sec dominant, de fortes gelées et passagèrement quelques faibles chutes de neige entre le 24 et le 25 décembre, plus marquées sur une partie centrale de la région au cours de la journée et de la soirée du 5 janvier. 1 à 5 cm ont été relevés des hauteurs des monts d'Arrée à l'intérieur de l'Ille-et-Vilaine, davantage en Loire-Atlantique (5 à 10 cm au sud de la Loire).
A compter du 7 janvier, l’ambiance s’est nettement radoucie. Une succession de dépressions a circulé au large de la Bretagne, provoquant coups de vent, tempêtes (Goretti le 8, Ingrid le 23 ou Chandra le 26, s'accompagnent de violentes rafales sur les littoraux et d'épisodes de fortes vagues entraînant parfois des dégâts sur les côtes et digues exposées). Les épisodes pluvieux répétitifs et conséquents, ont provoqué des crues et inondations exceptionnelles sur les bassins versants de l'Odet, de la Laïta, du Blavet ou de l'Oust. On relève jusqu’à 405 mm à Sizun ! Selon Météo-France, depuis 1959, ce mois de janvier 2026 se classe premier en termes de cumul de précipitations sur le Finistère (devant janvier 1995), et second sur les Côtes d'Armor et le Morbihan (derrière janvier 1995, mais devant janvier 2025). Le cumul mensuel s’élève à 351,8 mm à Quimper (29), un record absolu (tous mois confondus) depuis le début des mesures en 1948 ; 358,8 mm à Ploërdut (56), mesures depuis janvier 1968, 289,5 mm à Plouguenast (22), mesures depuis avril 1987 !

Quimperlé le 22 janvier 20226. Crédit photo: préfecture du Finistère
Février : l’overdose pluvieuse s’est poursuivie ; records de douceur
Cette overdose pluvieuse s’est poursuivie en février. Après un mois de janvier historiquement arrosé, ce mois de février s’est poursuivi sans transition avec des conditions dépressionnaires. Le mois se situe généralement à la seconde ou à la troisième place de plus arrosés.
Les perturbations ont défilé de manière très rapprochée et ont donné lieu à des précipitations quasi ininterrompues et conséquentes sur la Bretagne. Des crues importantes voire majeures et des inondations lors des passages pluvieux associés aux dépressions Nils (11-12 février) et Pedro (18 février). Le 11 février, 33 mm sont relevés à Quimperlé, 37 mm à Bannalec. Le 18 février, les cumuls atteignent 39 mm à Brest, 41 mm à Brennilis et 43 mm à Sizun. La Seiche, l’Ille, la Vilaine, l’Oust, le Blavet, l’Odet, la Laïta ont à nouveau débordé. La Loire-Atlantique a été concerné par des crues historiques entre le 19 et le 25 février avec une vigilance rouge sur le tronçon aval de la Loire. La crue de la Loire de 1995, qui avait atteint 5,46 m à Ancenis, a été dépassée sur cette commune, où le niveau est monté à 5,81 m.
Sur le mois, 12 stations enregistrent de nouveaux records mensuels de forte pluviométrie.
La station de Brennilis a été la plus copieusement arrosée avec 353 mm en 28 jours ! Ce cumul énorme fait suite à un mois de janvier à la pluviométrie extrême de 380,5 m et à un mois de décembre qui s’était soldé par un cumul de 238 mm. Sur les 3 mois de cet hiver météorologique 2025/2026 ce sont 972 mm de précipitations qui ont touché ce secteur des Monts d’Arrée !
A partir du lundi 23 février cette overdose pluvieuse s’est enfin interrompue. Si quelques pluies ou averses ont pu être observées, un temps plus sec, plus lumineux et très doux et pu enfin s’exprimer.
Le flux océanique qui a concerné la Bretagne a transporté une douceur exceptionnelle.
Le seuil des 20°C est franchi sur de nombreux secteurs des Côtes-d’Armor, d l’Ille-et-Vilaine et de la Loire-Atlantique le mercredi 24. On relève 21°C à Blain. De nombreux records mensuels sont dépassés : Blain : 21,0°C (20,0°C en 1998), Plouay : 20,7° (20,5°C en 2019), Fougères : 20,1°C (19,4°C, en 2019 en 1990), Arbrissel : 20,0°C (19,4°C en 2019), Lorient : 19,4°C (18,4°C en 2019).
Mars : records d’ensoleillement !
L’ensoleillement a été très généreux voire exceptionnel. Mars 2026, s’inscrit comme l’un des plus ensoleillé de l’histoire de nos stations ! L’excédent atteint 19 à 48% par rapport à la norme 1991-2020. Saint-Brieuc, Dinard et Nantes battent leur record mensuel depuis 1991, année de référence, qui correspond au début des mesures de l’ensoleillement avec des capteurs électroniques. En étudiant les relevés plus anciens, on observe à Saint-Brieuc, depuis l’ouverture de la station en novembre 1985, que seul le mois de mars 1990 avait été plus ensoleillé (194,7 heures). A Dinard, station ouverte depuis mars 1948, seuls 1973 (240,4 heures), 1959 (217.4 heures), 1961 (203 heures) et 1990 (195,2 heures) ont été plus lumineux. La station de Nantes, ouverte depuis mai 1945 a rarement enregistré tant de soleil qu’en mars 2026. Seules les années 1953 (259,3 heures) et 1973 (241,9 heures) ont connu une insolation plus importante.
Pour ces 3 stations, l’ensoleillement de ce mois de mars 2026 est comparable à la moyenne du mois de mai. Pour les autres il s’agit de valeurs comparables à celles d’un mois d’avril.
Les fluctuations thermiques sont l’une des principales caractéristiques du mois de mars et cela s’est vérifié. Le 6 mars, les températures maximales sont fraîches, quasi hivernales avec seulement 7,4°C à Saint-Goazec, 8,7°C à Brest, 9°C à Saint-Brieuc. En revanche, le mercredi 18 mars, les thermomètres ont affiché jusqu’à 21,6°C à Quimper et Brest, 22°C à Plovan, 22,9°C à Plouguerneau et 18,6°C à Ouessant qui « décroche » un record mensuel de douceur !
Avril : très sec avec encore des records !
Un déficit de précipitations prononcé et généralisé a été observé en avril.
Comparativement à la norme mensuelle (1991-2020), le déficit hydrique est compris entre 56 et 86% sur la Bretagne. Les stations de Saint-Brieuc, Belle-Île et Rennes affichent un cumul dérisoire de 8 à 9 mm.
Avec presque 200 heures d’ensoleillement cumulées à Brest, 258 heures à Lorient, 268 heures à Plovan, en passant par 234 heures à Rennes, le soleil a régné en maître en avril sur la Bretagne. Combiné à un vent modéré asséchant, souvent orienté Nord-est ou sud/sud-ouest, il a accéléré la sécheresse de surface. Les températures très élevées pour la période ont asséché nos sols en surface.
La journée du 8 avril a été chaude sur la Bretagne à tel point que des records mensuels très précoces ont été battus. Au cours de cette journée, les températures ont généralement atteint entre 25 et 30°C !

La matinée du 30 avril a été extrêmement douces avec une multitude de records pour des minima élevées. La température ne s’est pas abaissée sous les 15,5°C à Vannes et 16°C à Nantes !
L’instabilité orageuse a fini par faire un retour très attendu au cours de dernières heures d’avril. Le pont du 1er mai a été marqué par des orages synonyme d'une amélioration pluvieuse. La nature apprécie ce retournement de situation qui devrait se prolonger plusieurs jours encore...
Mai : un mois atypique, humide et frais puis surchauffé !
Dès le début de ce mois de mai, on assiste à un véritable retournement de situation. La pluie tant attendue, s’accompagnant d’orages, signe son retour. Les premiers jours du mois sont caractérisés des cumuls de pluie exceptionnels par endroits, notamment sur le nord-est de la Bretagne. Entre le 4 et le 5 mai des lames impressionnantes touchent le nord de l’Ille-et-Vilaine, le Pays de Dinan, jusqu’au Penthièvre. C’est au nord-est du bassin rennais que les cumuls sont les plus importants, à tel point que la Vilaine amont et l’Ille sont placés en vigilance jaune par Vigicrue …qui l’eût cru !
Une météo mitigée, parfois très fraîche, reposant sur un équilibre éclaircies, passages pluvieux, averses et orages s’impose jusqu’au 19 mai. Les précipitations s’interrompent à compter du 20 mai. Néanmoins des séquences orageuses sont localement observées. Comme le 26 mai entre le Centre-Bretagne, les Monts d’Arrée, le Haut-Léon et le Bas Trégor. Le 27 mai, c’est entre l’Est de l’Ille-et-Vilaine et la Baie du Mont-Saint-Michel que de forts orages éclatent en soirée. Des grêlons à la taille remarquable font des dégâts entre Saint-Marcan et Roz-Couesnon, communes situées entre Dol-de-Bretagne el la Baie du Mont-Saint-Michel. Une chaleur hors-normes, intense, inédite par sa précocité depuis le début des relevés touche la région. Les records n’ont pas été seulement battus mais ils ont souvent été pulvérisés de plusieurs degrés. Cette avalanche de records quasi généralisés tant pour les valeurs minimales que maximales se traduit par de nombreuses nuits chaudes (ou nuits tropicales). Une minimale haute de 23°C est relevée au sémaphore de Belle-Île le 26 mai, de 22,1°C à Dinard (+6°C par rapport au précédent record) qui enregistre sa seconde nuit la plus douce depuis 1949, derrière celle d’août 2003 ! (22,4°C).
Côté maximales, les records sont parfois battus plusieurs fois d’affilé. Il fait jusqu’à 33°C à Dinard, 33,5°C à Brest ou Rennes, 34°C à Sizun et Saint-Ségal, 34,1°C à Lanmeur, 35°C à La Noë-Blanche, 35,2°C à Belle-Isle-en-Terre, 36,3°C à Nantes-ville !

Juin : frais avant un pic de chaleur !
Le début du mois de juin est contrasté, variable, entre éclaircies et averses mais avec des températures fraîches pour la période (courant océanique). Une nouvelle séquence chaude se met en place pour le week-end du 13-14 juin. Les températures vont gagner 10 à 12°C en 48 ou 72 heures.

Si la variabilité est une composante de notre climat on observe ces derniers mois, que notre météo bretonne a enchaîné les extrêmes à l’image des inondations de janvier et février qui ont très vite laissé place à une sécheresse de surface. Mois après mois, les records se sont succédé : d’abord ceux des précipitations, puis ceux de la douceur et de la chaleur.