Gel/Gelées, gelées blanches et gelées noires : quelles différences ? Quelles implications ?
Depuis quelques jours, et plus particulièrement la semaine dernière, les premières gelées de la saison automnale ont fait leur apparition par endroits en Bretagne. Mais de quoi parle-t-on exactement ?
Il faut d'abord savoir que gelée et gelée blanche ne se concordent pas systématiquement. On peut observer une gelée blanche sans pour autant enregistrer de gelée sous abri.
D'après Météo-France, on parle de gel lorsque la température de l'air, mesurée sous abri, atteint ou descend sous le seuil de 0 °C. En météorologie, une journée est ainsi comptabilisée comme une journée de gelée lorsque la température minimale (Tmin) est inférieure ou égale à 0 °C.
Concrètement, vous avez pu le constater ces derniers jours selon les secteurs : certaines stations météorologiques ont enregistré des températures négatives, par exemple -0,8 °C. Ces mesures sont effectuées sous abri, généralement à environ 1,5 mètre du sol, conformément aux recommandations de l'Organisation météorologique mondiale (OMM).
Dans le même temps, au niveau du sol et de la végétation, on pouvait également observer des dépôts blanchâtres, parfois brillants caractérisés sous forme de gelée blanche. L'OMM la définit comme une pellicule de glace, généralement d'aspect cristallin, formée par le dépôt de vapeur d'eau contenue dans l'air sur une surface suffisamment froide.

Cette distinction est importante : il est tout à fait possible d'observer une gelée blanche sans que la température mesurée sous abri soit inférieure ou égale à 0°C. En effet, par nuit claire et vent faible, la surface du sol et la végétation peuvent se refroidir davantage que l'air situé à 1,5 mètre de hauteur. Leur température peut alors atteindre le point de congélation, voire descendre en dessous, permettant à la vapeur d'eau de se déposer sous forme de cristaux de glace. On peut donc observer des gelées blanches alors que le thermomètre sous abri affiche encore une température positive.
Il existe également une troisième notion : celle de gelée noire, particulièrement employée dans les domaines viticoles et arboricoles. Il est moins évident d'en trouver une définition strictement normalisée, mais ce terme désigne généralement une situation de gel affectant les tissus végétaux, sans formation visible de dépôts de glace à leur surface. Elle survient souvent dans un contexte d'air relativement sec autour. Les tissus végétaux endommagés peuvent alors prendre une coloration sombre, voire noire, d'où cette appellation.
Ces derniers jours, les épisodes de gelées et de gelées blanches ont majoritairement été favorisés par le rayonnement nocturne, dans un contexte anticyclonique (voir infographie suivante).
En l'absence de couverture nuageuse, le sol perd de l'énergie en émettant un rayonnement infrarouge vers l'atmosphère. Lorsque le ciel est dégagé, une plus grande partie de ce rayonnement s'échappe vers les couches supérieures de l'atmosphère. Le sol se refroidit alors progressivement et transmet ce refroidissement à la fine couche d'air située juste au-dessus.
Ce phénomène est généralement renforcé par un vent faible, qui limite le brassage de l'air et permet au refroidissement de se concentrer près du sol. Si les conditions sont suffisamment favorables, la température peut alors atteindre 0 °C ou moins, aussi bien au niveau des surfaces que sous abri. Le risque de gelée et de gelée blanche augmente donc sensiblement.

Dimanche dernier, jour de la Toussaint, plusieurs secteurs ont ainsi connu des gelées avec des températures négatives : -1,1 °C à Kerpert et -0,8 °C à Brennilis, par exemple (voir infographie).

Depuis le 1er janvier 2026, même si nous ne sommes qu'au début du mois de novembre, un retard important du nombre de journées de gelée est pour l'instant visible dans plusieurs secteurs bretons par rapport aux moyennes climatologiques sur la période janvier-novembre.
À Rennes-Saint-Jacques, on en recense 9 pour le moment, contre environ 22 en moyenne sur la période spécifique. Même constat à Saint-Brieuc, où l'on relève actuellement 3 journées de gelée, contre 12 en moyenne.
À Brennilis, on est plus proche des normes : on dénombre 19 journées de gelée, pour une moyenne d'environ 22 sur la période considérée.

Les gelées ont tendance à diminuer en Bretagne dans un contexte de réchauffement climatique.
Cette évolution se retrouve notamment dans les séries climatiques de Rennes et de Brest, malgré une variabilité importante d'une année à l'autre. Nous avions déjà consacré un article à ce sujet : https://www.meteo.bzh/actualite/mais-ou-sont-passees-les-gelees-2026-03-11.
Mais si les gelées deviennent globalement moins fréquentes sur le long terme, leurs conséquences sur les cultures peuvent, dans certaines situations, être accentuées par le réchauffement climatique.
En effet, des hivers plus doux peuvent favoriser un débourrement et une reprise de la végétation plus précoces au printemps. Les bourgeons et les jeunes pousses deviennent alors plus vulnérables aux épisodes de gel tardif, qui peuvent toujours survenir en mars ou en avril, notamment lors de périodes anticycloniques.
Autrement dit, même si le risque de gel tend à diminuer sur le long terme, le décalage entre le développement précoce de la végétation et la persistance d'épisodes de gel au printemps peut accroître la vulnérabilité de certaines cultures.