Des tempêtes en plein cœur de l’été : retour sur des événements marquants en Bretagne

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Dossier - 11:48

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Les tempêtes font partie de l'identité de la Bretagne. La péninsule est régulièrement exposée aux dépressions atlantiques et à ses vents puissants. Si ces épisodes surviennent principalement entre l'automne et l'hiver, les tempêtes estivales peuvent néanmoins s’avérer violentes et dangereuses, à l'image de celle du juillet 1969.  Comment se forme une tempête et pourquoi sont-elles moins fréquentes en été ? Le cas échéants quelles tempêtes estivales ont marqué la région ?

Les tempêtes : un phénomène surtout automnal et hivernal

Une tempête est une zone étendue de vents violents générés par une dépression, elle-même conséquence à nos latitudes moyennes de différences de températures entre l’équateur surchauffé et les pôles froids.

En altitude (8 à 10 km), se forme ainsi un puissant courant-jet qui sépare les masses d’air polaire et tropicale. Les vents peuvent y atteindre 300 à 400 km/h, avec une moyenne de 160 km/h l’hiver et de 80 km/h l’été. Plus il est intense, plus les dépressions de la surface disposent d’énergie potentielle pour s’intensifier.

Pour déclencher la formation de la dépression, un déséquilibre doit s’opérer, en général par la poussée d’une masse d’air chaud vers le nord ou par l’enfoncement d’une masse d’air froid vers le sud. L’air chaud, plus léger, s’élève et forme une zone de basse pression. La rotation de la Terre fait que l’air s’enroule en spirale autour du centre de cette dépression ainsi créée.

Des tempêtes moins fréquentes l’été

La plupart des tempêtes (80%) se forment en automne et hiver, à l’ouest de l’Atlantique Nord et se propagent vers l’Est. Plus de la moitié (56 %) des tempêtes annuelles ont lieu de décembre à février.

Les tempêtes d’été sont souvent liées à des phénomènes orageux et sont moins sévères que les tempêtes hivernales comme l’ouragan d’octobre 1987, les tempêtes Lothar et Martin (décembre 1999), Xynthia (février 2010), Zeus (mars 2017) ou plus récemment Alex (octobre 2020) et Ciaran (1er au 2 novembre 2023).

Les contrastes thermiques entre l’Équateur et les régions Arctiques étant moins marqués durant l’été, les tempêtes y sont plus rares. En général, l’anticyclone des Açores couvre l’Europe et repousse les basses pressions à des latitudes plus septentrionales. Mais des exceptions sont possibles. Des coups de tabac sont possibles en juin, juillet ou au mois d’août.

Une tempête exceptionnelle : juillet 1969

La plus célèbre des tempêtes estivales est celle de juillet 1969.

Une dépression quasi-stationnaire s’est creusée très rapidement sur la pointe bretonne l’après-midi du 6 juillet. Elle s’est évacuée vers la Mer du Nord le 7 juillet au matin. Cette dépression s'étant creusée sur place, les vents ont donc forci très rapidement sans "préavis".

Le minimum de pression relevé en Bretagne est de 998 hPa à Cancale le 6 juillet 1969. Le  vent de Nord à Nord-ouest avait atteint jusqu’à 166 km/h à Brest, 155 km/h sur l’île de Batz, 151 km/h à Lanvéoc, 144 km/h à Cancale, 137 km/h à la Pointe du Raz, 126 km/h sur Groix, 122 km/h sur Belle-Île. Dans les terres le vent a atteint 104 km/h à Rostrenen et 101 km/h à Rennes !  Claude Fons (responsable du centre météorologique de Brest-Guipavas) écrit dans son article paru dans le MetMar numéro 72 : " on peut raisonnablement penser que des creux de 8 à 10 mètres se sont produits, voire même 12 mètres dans la baie de Saint-Malo où les vents ont atteint 70 nœuds pendant 2 à 3 heures". Selon le rapport de Météo-France, du Shom et du Cerema cette tempête a provoqué de nombreuses victimes et fait de gros dégâts, en Bretagne. Une trentaine de victimes seront dénombrées dont une vingtaine de pêcheurs et plaisanciers surpris par le brusque renforcement du vent. Les dégâts matériels ont été très importants: au Conquet de nombreuses caravanes emportées par le vent, à Audierne le chapiteau du cirque Bouglione a été soufflé, à Dinard, les vitres du palais des festivals ont littéralement explosé.

 

D’autres tempêtes estivales 

Le 7 août 1948, un vaste système dépressionnaire domine sur l’Atlantique Nord. Une pression atmosphérique minimale de 976 hPa est relevée au Conquet ainsi qu’au sémaphore de Créac’h sur l’Ile d’Ouessant. La dépression à l’origine de la tempête se creuse au fil de son rapide parcours, contournant l’anticyclone en se dirigeant vers le Portugal puis remontant dans le flux cyclonique en se creusant en soirée. Le front associé apporte de fortes précipitations.

 

Le quotidien « Ouest-France » titre en première page du lundi 9 août : « Terrible tempête sur les côtes de l’Ouest : 15 morts dans le Trégorrois et le Sud-Finistère 120 millions de dégâts à Brest. Les sources évoquent des vents à près de 100 km/h à Brest et de 120 km/h à la Pointe du Raz. Des pluies conséquentes accompagnent ce coup de tabac qui coïncide avec une graned marée. Au port, où les rues étaient envahies par les eaux, les dommages sont très élevés. La tempête, avec laquelle coïncidait la grande marée, a également causé de gros dégâts au port de commerce. La mer inondait les quais et dans certains endroits on mesurait près de 50 cm d’eau (Archives municipales de Brest).

 

Peu documentée, la tempête du 28-29 juillet 1956 est l'un des rares épisodes de tempête estivale marquants du XXᵉ siècle en France. Selon le journal Le Monde, cette tempête est restée dans les mémoires des marins de la Manche comme l'un des plus violents coups de vent de l'après-guerre. Les météorologues de l'époque la considéraient même comme sans précédent depuis une cinquantaine d'années. Dans la nuit du 28 au 29 juillet, une profonde dépression a balayé toute l'Europe occidentale, frappant particulièrement les côtes françaises du Finistère au Pas-de-Calais. Les rafales ont atteint 150 km/h de façon courante avec des vagues d'environ 10 mètres. A Cancale, de nombreux bateaux de plaisance sont arrachés à leurs mouillages.

Par ailleurs, 13 yachts qui participant à la course Le Havre–Portsmouth furent portés disparus. Contrairement aux craintes initiales, la plupart de ces yachts ne s'étaient pas perdus en mer : beaucoup avaient démâté, dérivaient ou s'étaient réfugiés dans de petits ports sans possibilité de communiquer rapidement. À l'époque, les prévisions météorologiques étaient beaucoup moins précises qu'aujourd'hui. Les plaisanciers ne disposaient ni de GPS, ni de radiobalises de détresse modernes, ni de moyens de communication satellitaires. Des études sur les tempêtes à la pointe bretonne classent le 29 juillet 1956 parmi les rares épisodes de force exceptionnelle (« ouragan breton »), avec des vents atteignant localement la force 12 sur l'échelle de Beaufort.

 

Parmi les phénomènes tempétueux plus récents

Parmi les épisodes plus remarquables, le dernier en date remonte au 7-8 juillet 2004. De l’air très chaud remontant d’Espagne était entré en conflit avec de l’air frais venu des îles britanniques. Les cumuls de pluie avaient été énormes dans certains secteurs : 113 mm (litres d’eau au m²) étaient tombés à Quimperlé entre le 7 juillet et le 8 juillet au matin ; 100 mm à Lorient ainsi que dans le secteur de Collinée, 94 mm à Ouessant, 89 mm à Saint-Renan, 79 mm à Plouguenast, 78 mm à Brest ! Certaines rafales avaient été remarquables par leur puissance : 130 km/h à Groix, 119 km/h à Ouessant et Belle-Île, 104 km/h à Brignogan.

Dans un passé plus proche, le 7 juin 2019, la tempête Miguel avait concerné notre région en juin 2019 avec une rafale mesurée à 127 km/h à Perros-Guirec.

On se souvient également de la dépression Wolfgang du 29-30 juillet 2019. Elle avait provoqué un coup de vent sur le Finistère et les îles morbihannaises. Nous avions alors relevé des rafales de 115 km/h à Camaret, 112 km/h à la Pointe Saint-Mathieu, 104 km/h à la Pointe du Raz, 103 km/h pour Ouessant, 99 km/h à Brest, 97 km/h pour Groix et 95 km/h à Belle-Île. Cette dégradation notable pour la saison était quand même relativement peu étendue dans l’espace.

En juillet 2021, la tempête Zyprian avait provoqué des rafales à plus de 140 km/h entre Plougonvelin et Ouessant.

Le passage de la dépression Patricia a entraîné de fortes rafales en Bretagne le 2 août 2023. Plusieurs records de vent pour un mois d'août sont tombés. Une rafale à 112 km/h a été enregistrée sur l'île de Groix. Les anémomètres ont relevé 106 km/h à la Pointe du Raz, 102 à Ploumanac'h et Ouessant. Quatre records mensuels ont aussi été battus : 97km/h à Saint-Ségal (29), 94 à Lanvéoc (29) et à Ploërmel (56), ainsi que  89 à Rennes, quatre villes où le vent n'avait jamais soufflé si fort en août. Une femme meurt noyée à Ouessant. Elle était partie se baigner à Ouessant, sur la plage du Korz.

Deux jours plus tard, l'Ille-et-Vilaine était en vigilance orange vagues-submersion en raison de la tempête Antoni . Un jeune homme de 18 ans a perdu la vie à Cancale à sur la plage du Saussaye. Alors qu’il se baignait, l’adolescent aurait été en difficulté pour rejoindre le rivage.

 

Si les tempêtes estivales demeurent des événements exceptionnels en Bretagne, elles n'en sont pas moins marquantes. Parce qu'elles surviennent à une période où le littoral est davantage fréquenté et où la vigilance est souvent moindre, leurs conséquences peuvent être particulièrement lourdes.

 

 

Écrit par Sébastien Decaux, publié le 22 juillet (dernière actualisation le 22 juillet à 11h59)

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